Guerre de Lars Nóren – au Théâtre 14

Et je te montrerai quelque chose
qui n’est
ni ton ombre le matin
marchant derrière toi
ni ton ombre le soir
venue à ta rencontre
je te montrerai ta peur dans une poignée de poussière
T.S Elliot / The waste land

Tableau de fin de guerre. Aucune précision de temps ou de lieu.

Il s’agit sans doute de toutes ces guerres à la fois. Ces guerres où soudain le compagnon d’hier devient bourreau, où la règle n’est plus simplement de vaincre l’ennemi mais de pousser la barbarie jusqu’à torturer, violer, décimer des villages, éradiquer des communautés entières.

La pièce s’ouvre donc à la fin d’une guerre. Plus précisément à cet instant du retour chez soi, lorsque le plus terrible semble derrière soi mais qu’il reste encore un dernier pas à faire. Un soldat revient dans son village après avoir été prisonnier dans un camp, il est aveugle. Il retrouve sa femme et ses deux filles, Sémira, 11 ans, et Beenina, 15 ans. Elles le croyaient mort. A peine arrivé, son épouse lui apprend que son frère Ivan a, comme beaucoup, disparu. Il ne veut rien savoir de plus, ce qu’il ne sait pas il ne le sait pas, il veut que tout redevienne comme avant, comme avant la guerre. Pour cela, il faut réparer le toit, trouver à manger, cultiver son jardin.

Mais rien n’est comme avant. Les ravages de la guerre sont incontournables : les horreurs se dévoilent au détour des conversations et dans les gestes les plus ordinaires. Les cicatrices s’affichent ouvertement, dans les corps blessés et dans la vie quotidienne : Beenina se prostitue tous les jours, Sémira, au bras droit paralysé, a des jeux bien cruels…

Dans ce décor se noue une intrigue qui pourrait sembler des plus banales : Ivan n’est pas mort, il s’est lâchement caché, lui et sa belle-sœur s’aiment, il est devenu l’homme de la famille. Mais il y a eu la guerre. Personne ne dit la réalité. Alors Ivan se retrouve à la même table que son frère sans parler, il est là mais ne doit plus exister. Quelles solutions : avouer, fuir, assassiner ?

Lars Norén écrit la tragédie de la guerre non pas d’un point de vue historique – on ne connaît ni les vainqueurs, ni les vaincus — mais intime, il évoque la vie d’un homme et de sa famille pris dans la tourmente d’un conflit.

La guerre est comme une excuse pour transgresser les interdits imposés par la société : tout est permis, tous les désirs peuvent prendre corps, on est libre de faire les choses plus terribles. C’est une explosion, une sorte de bacchanale moderne. Chacun a en soi la possibilité de devenir victime ou bourreau, ou les deux, l’un après l’autre, rien n’est simple ou évident.

Avec Guerre, Lars Norén aborde sous un nouvel angle la problématique qui, ces dernières années, était au centre de son théâtre : qu’est-ce qui fait que l’homme survit, même après les plus terribles épreuves, même après avoir tout perdu ?

Amélie Wendling

Traductrice et collaboratrice artistique de Lars Norén

Le silence

Le silence après le cri

Comment parler dans ce silence ?

Dans un présent impossible…

L’incapacité de chacun à s’exprimer

La violence comme seul refuge pour survivre.

La tragédie c’est la reconnaissance de la responsabilité d’être humain.

Donc de notre responsabilité du monde.

Christian Benedetti

Scénographie, lumières et costumes Christian Benedetti

Assistanat à la mise en scène Brigitte Barilley

Production Théâtre-Studio – Compagnie Christian Benedetti

Avec Stéphane Caillard, Marc Lamigeon, Salomé Lemire, Jean-Philippe Ricci, Alix Riemer

Du 19 au 30 janvier 2027 au Théâtre 14

Mardi, mercredi, vendredi à 20h
Jeudi à 19h
Samedi à 16h

Acteur et metteur en scène, directeur du Théâtre-Studio à Alfortville depuis 1997, Christian Benedetti s’est formé au Conservatoire national supérieur d’art dramatique dans la classe d’Antoine Vitez. Il a fait plusieurs séjours d’études à Moscou avec Oleg Tabakov et Anatoli Vassiliev, au Théâtre Katona Josef de Budapest et à Prague avec Otomar Krejca.

Au théâtre, il joue notamment avec Marcel Maréchal, Jean-Pierre Bisson, Marcel Bluwal, Antoine Vitez, Otomar Krejca, Aurélien Recoing, Sylvain Creuzevault. Il a mis en scène entre autres les pièces d’Anton Tchekhov, Sarah Kane, Edward Bond, de Mark Ravenhill, Biljana Srbljanovic, Gianina Cărbunariu, Strindgerg, Sophocle et dernièrement Lars Norén.

Au cinéma, il tourne, entre autres, avec Michel Deville, Coline Serreau, Michael Haneke, Alban Ravassard, Xavier Legrand, Lucas Bernard, Hugo Gélin, Eric Toledano et Olivier Nakache.

Il a enseigné en France (CNSAD, ENSATT, Conservatoire à rayonnement régional de Marseille, ESAD). En Europe, il est également intervenu à San Miniato Teatro di Pisa (Italie), à l’Académie de Bucarest et à Satu-Mare (Roumanie) et à l’Académie de Sofia (Bulgarie). Il fut aussi enseignant et coordinateur du département théâtre au Centre National des Arts du Cirque.

Extraits de presse

Il y a une irrésistible beauté dans ces textes aux dialogues secs et crus, aussi dépouillés que ceux qui les profèrent. La beauté radicale de l’acteur dans son absolue et métaphysique solitude […] Christian Benedetti réinvente aussi un art pauvre qui confronte à l’essentiel, et place miraculeusement acteurs et spectateurs face à face.

TTT – Télérama

C’est une pièce magnifiquement dure, magnifiquement mise en scène, que jouent cinq acteurs magnifiques […] Tous nous touchent, sont justes, pas un mot, pas un geste de trop. Le miracle est qu’on ne sort pas de là accablé. Il y a ici une dignité, une retenue qui nous font basculer.

Le Canard enchainé

On sort de cette pièce complètement rincé, essoré, retourné et tout empoussiéré de pitié. Sublime.

Le Figaro

Une version fascinante de la pièce de Lars Norén, Guerre. Lenteur, suspens, silence et interprètes ultra-sensibles. Un très grand travail.

Le journal d’Armelle Héliot

Les comédiens sont sidérants d’intensité, de justesse, de vérité, de douloureuse et monstrueuse humanité. C’est peu dire que l’on sort bouleversé de ce spectacle.

L’officiel des spectacles

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