Mickey et la fin du monde, ou comment j’ai enterré mon père est un récit de rupture. Il interroge la possibilité de se reconstruire quand l’origine de la blessure se confond avec la figure paternelle. Le père d’Hannah était violent. Une violence physique, psychique, fondatrice. Comment pardonner l’impardonnable ? Comment briser le cycle et réapprendre à exister autrement ?
Le récit met en scène cette lutte intérieure. Entre immobilité et mouvement, entre rêve et réalité, Hannah affronte les ombres qui la hantent. Son père, figure omniprésente et insaisissable, continue de l’accompagner en silence. La violence qu’il incarnait vit encore en elle, comme un spectre intérieur façonnant sa peur des autres et d’elle-même.
Les personnages qui entourent Hannah sont des présences inadéquates ou empêchantes : ils saturent l’espace par un empilement de paroles. À l’exception de sa sœur, Aziza, figure consolante et sensible, ce qui se joue alors n’est pas la rencontre, mais la distance, sans véritable accès à l’autre. Comment exister avec cette distance, quand toute intimité semble hors d’atteinte ?
Un autre silence traverse Hannah : son père est originaire d’Algérie. Il vient d’un ailleurs chargé d’exil et de mémoire que ni lui ni elle n’ont su, ou pu, nommer. Il ne lui a pas transmis sa langue.
Cette absence – celle des mots, de la culture, de l’histoire – constitue une autre forme de fracture. Ce silence-là, plus diffus, tisse un éloignement intime et identitaire. C’est une mémoire impossible, une appartenance fantôme. L’exil du père devient aussi celui d’Hannah, qui se heurte à un héritage auquel elle n’a pas accès.
Le texte aborde frontalement l’idée de “tuer le père” au sens symbolique. Ce processus cathartique, à la fois violent et nécessaire, devient pour Hannah une clé de libération. En affrontant son passé, elle navigue entre pardon, révolte et reconstruction.
Le récit oscille entre poésie et gravité, traduisant cette errance entre lumière et ténèbres, entre mémoire et oubli. Il explore ces espaces liminaux – entre veille et sommeil, entre vie et mort – pour donner corps à une quête existentielle qui interroge notre capacité à rompre avec l’héritage familial. Pour, peut-être, survivre à l’héritage du désastre.