Ok boomer. Moi aussi je suis un connard – Nicolò Sordo – Scènes ouvertes

OK BOOMER raconte un samedi après-midi dans le magasin de sport d’un centre commercial, où des petits voleurs en tout genre prennent d’assaut tout ce qui passe à leur portée.

Un jeune garçon, surpris à voler une paire de Nike Airs, met accidentellement en lumière une réalité bien plus sombre qui se cache dans le sous-sol du magasin : un atelier où travaillent des esclaves.

OK Boomer. Moi aussi je suis un connard n’est pas une pièce qui traite des questions de consommation. Ni ceux de la fracture Nord-Sud. Il ne s’agit pas non plus d’un choc des générations. Mieux, il parle de tout cela, mais pas seulement. Cela va au-delà. Ce sont trois grandes images qui tiennent et façonnent le spectacle. Trois images déplacées, non narratives. Trois images qui parlent du texte sans le raconter. Comme le texte, ils sont à la fois tragiques et ironiques. Parce que ce que nous racontons est la tragédie de notre vie, mais elle nous est si proche et si chère que nous la trouvons insupportable et tendre à la fois. Les lumières, les éléments scéniques et les corps des acteurs peignent un espace métropolitain et méphistophélique, peuplé de deux Vladimir et Estragon modernes aux corps nus pétrifiés par les néons qui vivent en attendant une paire de chaussures Nike. L’icône pop par excellence, la Nike Air Jordan, devient notre repas eucharistique, notre rite d’éternité, et derrière un store interdit, les lumières débordent, nous séduisant et nous hypnotisant.

Nous avons travaillé sur une adaptation du texte et une mise en scène capable de narrer une absence de perspective. Une désertification dans laquelle le fait d’avoir une paire de chaussures comme horizon ultime à atteindre cesse d’être une expression du vide, pour devenir peut-être la seule perspective réellement possible pour trouver un sens à sa vie. Les personnages sont réduits à leurs noms, auxquels les deux acteurs sur scène donnent la parole, et le moi narrateur se dédouble pour exprimer combien son histoire n’est pas seulement une affaire personnelle mais la photographie d’un état d’esprit et d’une époque, la nôtre, dans laquelle la terre semble se dérober sous nos pieds jour après jour. Les dialogues ont été comprimés et rendus serrés et ininterrompus, un seul flux dans lequel les mots semblent être vidés de leur sens et dans lequel la trame de l’histoire cède la place à la pression des mots pour qu’ils deviennent son, cri, bruit. Les monologues, quant à eux, s’étendent au-delà d’une durée qui relève de la mesure et de l’éducation pour exprimer le poids d’un avenir qui, même s’il n’a pas encore été vécu, pèse déjà lourd sur les épaules. La réalité n’est plus représentable, pour la représenter il faut la déformer, la grossir sous une lentille pour la rendre plus évidente : c’est comme si, ce n’était qu’en la déformant davantage, qu’il était possible de rendre visibles ses déformités.

Auteur du texte : Nicolò Sordo

Mise en scène : Marina Romondia

Distribution : Nicolò Sordo et Marina Romondia

Création & régie lumière : à définir

Création & régie son : à définir

Vendredi 16 octobre à 19h

Gratuit sur réservation

Nicolò Sordo (Lac de Garde, 1992) est dramaturge, auteur et performeur italien.

En 2021, il remporte le Premio Riccione « Pier Vittorio Tondelli » – l’une des plus anciennes et prestigieuses récompenses italiennes pour l’écriture théâtrale contemporaine – avec Ok Boomer (Moi aussi je suis un connard), salué par le jury comme « émouvant, ironique, déstabilisant ». Le spectacle est créé au Romaeuropa Festival, dans une mise en scène de Babilonia Teatri, compagnie de référence de la scène expérimentale italienne.
Son écriture se construit au contact de figures majeures de la scène théâtrale contemporaine italienne : les metteurs en scène Elio De Capitani — avec qui il signe Safari Pomodoro – una stand-up tragedy — et Davide Iodice (Camminatori dalla patente ubriaca), ainsi que le cinéaste Alessandro Rossetto (Hijos de Buddha). Ses textes sont présentés dans les principaux festivals italiens, du Campania Teatro Festival au Pergine Festival.
Il a été auteur en résidence au Théâtre national de Grèce, à Athènes. Il a reçu les Contributi Selettivi alla Scrittura, aide sélective à l’écriture cinématographique du ministère italien de la Culture (MIC), pour Bye Bye.
Sous le pseudonyme Niki Neve, il prolonge son univers vers le roman (Col Angeles, Premio Scritture di Lago 2022) et la musique (Inferno Grande). Son regard, cru, se porte sur le réel et sur ses marges.

Texte du lauréat du 14e Prix Riccione
« PIER VITTORIO TONDELLI » 2021

 

Une des critiques suite à la première au Festival Romaeuropa 2022
Un festival salva la città? Del Berliner e del mondo visto dal sipario romano
(Un festival sauve la ville ? Du Berliner et du monde vu du rideau romain)
Teatro e Critica

Dans Ok Boomer. Anch’io sono uno stronzo la dramaturgie du jeune Nicolò Sordo (Prix Pier Vittorio Tondelli 2021) rencontre l’écriture scénique punk de Babilonia Teatri et le résultat est une production pour deux acteurs (l’un des deux est l’auteur lui-même, l’autre Filippo Quezel) qui jouent les rôles de porte-voix des personnages conçus par Sordo.
Ainsi, le texte brut, iconoclaste, générationnel et drôle acquiert une dimension de bande dessinée irrévérencieuse dans le rythme de jeu typique de Valeria Raimondi et Enrico Castellani. En revanche, le style théâtral typique de Babilonia semble s’adapter parfaitement à l’histoire de cet adolescent qui commence par une obsession pour une paire de baskets de marque et se termine par une sorte de thriller dans lequel un groupe de travailleurs bangladais réduits en esclavage est pris en otage dans un grand magasin de vêtements de sport. Sordo, avec des traits légers mais incisifs, nous confronte à l’abîme de la culpabilité, transformant la moralité en politique collective.
Andrea Pocosgnich

 

https://www.teatroecritica.net/2022/11/un-festival-salva-la-citta-del-berliner-e-del-mondo-visto-dal-sipario-romano/

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