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JEBRÛLE

Marie Payen

6 - 16 octobre

du mardi au vendredi à 20h30
le samedi 10 octobre à 16h

Compagnie UN+UN+

texte et mise en scène Marie Payen
collaboration artistique Leila Adham

avec Marie Payen
lumières Hervé Audibert.
son Raphaël Chassin


Une voix, qui ne sait pas à qui elle appartient, répond à une question qu’elle n’entend pas, et raconte une histoire qu’elle a oubliée. Une pièce sur les failles de la mémoire, avec pour fil conducteur la disparition du père. Une voix cherche à raconter le passé, et à dresser un portrait du père disparu, mais elle l’inventera à partir des lapsus, des faux souvenirs, des tabous, des sensations premières gravées, des associations libres, semblant suivre en direct les errances de son propre cerveau, cherchant à donner forme au passé dissout dans l’oubli, à l’inconnu qu’on garde en soi.

« La mémoire n'est pas en nous, c'est nous qui nous mouvons dans une mémoire-Etre, dans une mémoire-monde. » Gilles Deleuze


"D’où je viens ? Je ne l’ai jamais su (je ne m’en souviens plus).
« Derrière moi le fantôme qui m’a faite ».
J’ai fait ce spectacle pour délirer mon origine, pour promener ma langue dans une Mémoire-monde, paysage, tunnel, cime, banquet, pour m’affranchir de ma toute petite identité, pour abandonner père et mère.
Je vous invite à prendre la fuite.

Pour jouer jEbRûLE, j'ai choisi de ne pas écrire de texte, ni même d'apprendre par cœur un texte déjà écrit. Il est apparu au cours des répétitions que le jeu sincère d'un spectacle qui parle d'oubli, de mémoire perdue, pourrait être précisément de ne pas connaître par cœur mon texte, d'avoir à le découvrir (ou l'inventer, c'est pareil) chaque jour.
C'est à ce jeu que je vous invite. Venez chaque jour découvrir le spectacle qui s'écrit entre vous et moi. "

Marie Payen



À partir de 15 ans
Durée: 1h

Production Compagnie UN+UN+.
Avec l'aide d'Arcadi Ile-de-France/Dispositif accompagnements
Avec le soutien du Théâtre de Vanves

Création janvier 2014 au Théâtre de Vanves


Un évènement en partenariat avec Théâtre On Line et ScèneWeb.




Réécouter Marie Payen parler de jE bRûLE dans l'émission "Changement de décor" sur France Culture ici...





Extraits de presse

« Marie Payen au Théâtre de Vanves : que ceux qui n'ont pas vu ce travail s'y rendent immédiatement. Ce qu'elle ose au plateau, à vue, en direct, sans filet, on n'a jamais vu personne le tenter de la sorte. Une exploration en forme de retour aux racines, du théâtre, du mot, du jeu, de la présence, improvisation et prise de risque maximal mélangé à une dextérité qui dit que la comédienne est grande. Il y a tant et tant de pistes à suivre dans ce projet qu'elle a conçu toute seule et mène à bien toute seule qu'il faudrait des pages entières pour en parler. Voilà où peut renaître un théâtre qui doit se réinventer s'il ne veut pas crever sur place. C'est dans le cadre d'Artdanthé, ça bouillonne la bas, ça jaillit de tous les côtés. Quel type ce Alfarroba !Quel cadeau ce Je brûle ! »

Joëlle Gayot
/ FRANCE CULTURE



« C’est un pari digne de ce nom qu’il faut annoncer, diffuser, mais surtout prendre, comme spectateur, aussi audacieusement que Marie Payen l’a pris comme actrice, et José Alfarroba comme directeur de théâtre. C’est le pari d’un spectacle qui change la donne, que Marie Payen présente au théâtre de Vanves après un an de recherches et de répétitions. Longeant une étendue de bandes magnétiques que la lumière transforme en matière de scintillements imprévisibles, devenue la plus saisissante métaphore des éclairages alternatifs de notre mémoire et de ses nœuds, la comédienne vient droit au public l’avertir : qu’il s’agit d’une histoire orpheline, parce qu’elle s’écrit sur une absence ; et par conséquent d’un spectacle sans texte, sinon celui que composeront chaque soir, au gré de l’improvisation, son corps, sa bouche, sa déambulation et sa rêverie dans les strates du souvenir, sa danse intérieure, et l’écoute des spectateurs.
Quittant le bord du plateau pour son centre, les deux pieds enfoncés dans ce déploiement de matière noire à revisiter, la comédienne rentre alors en elle-même pour dévider les écheveaux de la parole, reflets des circonvolutions au sol, avec lenteur, avec précaution, avec une intensité qu’égale presqu'aussitôt l’écoute que sa parole fait naître. Car le pari de cette performance tient à l’efficacité de l’opération proposée, qui transforme une histoire toute personnelle, littéralement cousue de trous, en caisse de résonance de nos souvenirs les plus enfouis, de nos affects les plus troubles.
Affrontant ce récit suspendu dans le vide – qui prend chaque soir le risque de se perdre –, un récit auquel rien ne le prépare, le spectateur est absorbé par le corps en creux de Marie Payen, un corps évidé pour y accueillir les mots, les voix et les sensations passées, autant que les projections imaginaires du public. Avec rien, avec son immobilité qui fige la respiration des auditeurs, avec ces longs filaments brillants s’enroulant autour d’elle, et deux gestes décisifs, la comédienne disparaît – et l’impression d’assister à sa métamorphose en cet Autre qu’elle cherche à rejoindre est de celle qu’on éprouve rarement au théâtre. Aussi la tension du côté de la salle est-elle double : à la fois attention rivée aux lèvres de l’actrice égrenant une à une les syllabes responsables du récit, de sa couleur, de son débit, de son ouverture ou de ses replis ; et sidération face à la maîtrise que requiert un tel exercice, exigeant simultanément vigilance et abandon, engagement total et recul critique. La salle est ici partie prenante du projet, les phénomènes d’écho intérieur ne pouvant advenir que par une sorte de communion dans la concentration. Elevé à ce niveau d’intelligence, de finesse, d’audace, le spectateur sort de Je brûle profondément irradié.
Le pari de Marie Payen tient à ce manifeste splendide : « La forme ne résout rien. » Puisque c’est le mouvement même par lequel nous réformons et déformons sans cesse le passé qui témoigne de la vie de la mémoire, elle choisit l’improvisation, faisant de ce spectacle une gageure : pour l’acteur, dont il renouvelle le travail ; pour le spectateur, dont il déplace la posture et les attentes ; pour le lieu théâtral, qu’il inscrit dans une autre temporalité, et dans une autre finalité. » 

Marion Alev
/ AU POULAILLER - Blog



« Une forme nouvelle, c’est à cela que Marie Payen s’expérimente et nous invite à expérimenter avec elle. Comme on ferait ensemble un voyage qui n’a jamais été fait, un voyage intérieur où le présent accouche la mémoire, et en réalité accouche de lui-même. Et l’on assiste en effet à un spectacle à la forme inconnue, un spectacle qui s’écrit au présent.
« Je Brûle. » Marie Payen brûle. Ses mots brûlent. Le temps présent, l’être, ce présent en lequel nous sommes enfermés et qui ne cesse de brûler et de partir en fumée, un instant après l’autre, et qui n’a d’autre consistance, d’autre épaisseur que celle que tisse la mémoire de tous les instants qui ont été et qui ne sont plus, tous ces instants précieux qui ont été et qui nous ont échappé, mais qui sont ce que nous sommes. Alors on voudrait posséder les mots qui puissent les saisir, leur donner une forme qu’on parviendrait à comprendre. Arrêter le temps, fouiller la mémoire et saisir ce feu insaisissable en lequel on se consume, en lequel on existe. Marie Payen, à l’image du jeune Treplev, ou d’un chef de gare, annonce le voyage. Il n’y a pas de spectacle, pas encore. Il n’est pas écrit, il va s’écrire. L’on sait seulement qu’il s’agit du père, et puis d’une question. La question du père, de son absence. Il n’y a pas de spectacle et au commencement, donc, il n’y a rien. Puis vient le premier mot. Non, pas un mot, le début d’un mot, une syllabe, ou peut-être seulement un son, le premier son. « Pppp… Ppppa… PaPppp… » Informulée, la question est posée, l’absence est béante.
Un mot, ou un son, qui en appelle un autre. Une suite de mots, pas tout à fait une phrase, ou une phrase pas tout à fait terminée, chaque mot, chaque son étant une invitation pour le suivant, chaque mot accouchant d’un autre, chaque phrase cannibalisant la précédente. Des images se forment, des idées, des morceaux d’histoire, des morceaux de mémoire, qui s’emboîtent ou ne s’emboîtent pas les uns dans les autres, tel un puzzle sans fin. Parce que bien entendu, il n’y a pas de réponse. Juste un chemin que l’on parcourt, un labyrinthe que l’on arpente, un vide que l’on tente de combler. On s’approche, on s’éloigne, parfois l’on brûle, jamais l’on en a fini. L’on s’arrête seulement quand on est trop épuisé pour poursuivre, ou parce que l’on a atteint un promontoire où l’on se trouve bien et que l’on décide de s’y reposer. Comme un oiseau sur sa branche, entre deux envols. Il n’y avait pas de texte. Marie Payen écrit le sien, nous l’écoutons et nous écrivons le nôtre. A chacun sa mémoire, à chacun son présent. A chacun sa question. « Voilà », conclut Marie Payen, comme pour dire que voilà, je vous ai tout donné, faites-en ce que vous voudrez. Et chacun de s’en retourner à l’intérieur de lui-même avec son propre petit texte, largement inachevé, forcément inachevé et se demandant ce qu’il va bien pouvoir faire avec ça. Vas-y mon grand, pose ta question ; allez, va, n’aie pas peur, pose ta question ; et à ton tour va-t’en brûler…
J’ignore si, pour se risquer en une pareille entreprise, il est préférable d’être courageux ou inconscient, voire complètement dingue – être une tête brûlée -, ce qui est certain c’est que pour s’aventurer en une telle traversée, au long de ce fil ténu de la mémoire, un fil qui se recrée à chaque pas, il y faut toute la générosité et toute la finesse d’une grande comédienne.
Elle est seule. Elle n’a que ses mots et son corps, dont émergent – ou débordent – les personnages de sa mémoire familiale. Des ombres qui prennent formes, disent ou refusent de dire, et s’effacent aussitôt, des ombres ou des flammes, qui sortent d’elle et puis y retournent, de son ventre et en son ventre. C’est un accouchement qui ne cesse de se recommencer, chaque mot est accouché, la mère est accouchée, les frères et les soeurs, et puis enfin le père. Travail, accouchement, délivrance, et puis travail encore. Elle est seule, elle est multiple. En elle, la conscience des hommes s’est conjointe aux instincts des animaux, et elle se rappelle tout, tout, tout. Et elle revit en elle chaque vie. Elle brûle, sans se consumer.
Marie Payen nous fait don d’un spectacle indispensable, parce qu’il n’a jamais été fait et parce qu’au moment-même où il se fait, prenant forme sous vos yeux, forme inconnue, jamais vue, il est tout simplement vivant. Intensément vivant. Comme une émotion. Ou un brasier. » 

CHEZ DEDALUS - Blog




Marie Payen est comédienne, formée à l'école du TNS. Elle travaille au théâtre et au cinéma, avec des metteurs en scène tels que Pierre Maillet, Jean-François Peyret, Lilo Baur, Jean Sastre au théâtre, et Jacques Maillot, Solveig Anspach, et François Dupeyron au cinéma. Elle crée aussi ses propres spectacles, concerts et performances, parmi lesquels Cage aux blondes (création Chaillot en 2005), Le loup dans ma bouche (chansons), Le Cabinet Payen (création Théâtre du Rond-Point 2011). Avant de créer jEbRûLE au Théâtre de Vanves en janvier 2014.


Leila Adham est maitre de conférences en études théâtrales à l'université de Poitiers où elle dirige le Master de dramaturgie. Elle collabore à plusieurs spectacles dont Médée de Sénèque mis en scène par Zakariya Gouram (au CDN de Nanterre Les Amandiers), Jan Karski (mon nom est une fiction) de Yannick Haenel mis en scène par Arthur Nauzyciel (création à l'Opéra théâtre – Avignon), La Mouette de Tchekhov mis en scène par Arthur Nauzyciel (création pour le Palais des Papes - Avignon). Depuis 2013, elle collabore au projet jEbRûLE avec Marie Payen.