Christian BENEDETTI | théâtre [création]
Piscine [pas d'eau]
Mark Ravenhill


Il y a le Groupe.
Ils sont huit.
Ils ont tout vécu ensemble.

Leurs individualités se sont effacées pour ne laisser place qu’au collectif, qu’au Groupe.
Il y a l’Art. Et le sexe. Et la drogue. Et cela les unit totalement. Et cela les rend invincibles, immortels ensemble.
Le groupe est indestructible.Et il y a la mort de Ray, du sida.Et elle utilise la mort de Ray pour créer et pour
retrouver son individualité.Mais le Groupe a des lois. « Personne ne doit devenir riche, personne ne doit être
reconnu. Il y a un équilibre ». Ils sont le Groupe.
En se détachant du Groupe et en devenant célèbre, grâce à son oeuvre, son oeuvre sur la mort de Ray,
elle détruit l’équilibre. Elle détruit le Groupe.
Et Tommy meurt. Et ils continuent à faire des expo et des performances dans le quartier des artistes.
Et ils continuent à faire de l’Art avec des enfants d’héroïnomanes. Et ils continuent à faire des collectes de fonds
alors que ses oeuvres à elle sont exposées et se vendent dans le monde entier.
Et elle envoie un email. Un email avec une pièce jointe. Un PDF pour Noël. Un PDF avec sa nouvelle piscine :
« Venez partager la piscine. N’importe lequel – seul ou à plusieurs – juste venez et profitez de la piscine. »
« Et il y a Sally à l’hôpital » avec ce truc qui lui bouffe les os. Et Sally meurt aussi. Et l’Art n’a rien pu faire.
La mort est grande et ils sont, on est, tout petit.
Et devant tant d’impuissance, « il est temps de laissez tout ça derrière et d’aller profiter de la Piiiiiiiiiscine ».
Et tout redevient possible. Le Groupe peut revivre. Le Groupe peut renaître.Mais vont-ils pouvoir recréer ce
qu’ils ont vécut il y a dix ans alors que rien n’est plus pareil ?
« Piscine (pas d’eau) » est un texte d’une seule voix. La voix du Groupe.

Et cette voix a un rythme. Un rythme donné par quatre comédiens.
Et cette voix résonne en chacun de nous, en chacun de ceux qui ont vécut, à l’école, à la faculté ou ailleurs,
cette collectivité totale où l’on se fond dans l’ensemble, dans le groupe.
Et cette voix explore la question même de cet ensemble, de ce groupe et des petites rancoeurs inavouables
que l’on peut ressentir.
Et cette voix s’adresse à tous ceux qui ont pensé un jour « Tu te souviens quand on était tous ensemble,
quand tout semblait avoir tant de sens, quand tout était plein de sens, oui tout ruisselait de sens et on se
sentait tous concernés, on se sentait tous concernés avec tant de passions. »
Et cette voix explore la question de l’individualité dans le collectif. A-t-on le droit de quitter le groupe ?
Et cette voix explore la question de l’Art, des limites de l’art, éthiques et morales. A-t-on le droit de créer
à partir de la mort alors qu’on ne sait pas pourquoi on va mourir ?

Christian Benedetti

avec Christophe Caustier, Marie-Laudes Emond, Christophe Sauger, Jonathan Waite
mise en scène Christian Benedetti | assistantes à la mise en scène Catherine Decastel et Nina Renaux
lumières Dominique Fortin | traduction Jean-Marc Lanteri

production Théâtre-Studio [compagnie Christian Benedetti] | avec la participation artistique du Jeune Théâtre National

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